A lire : main basse sur l'école
L’école, encore l’école, toujours l’école. Ce débat redondant, se rappelle à nous régulièrement. Et les invectives fusent, d’un côté on parlera de « fabrique de crétins » ou on entendra « on ne leur apprend plus rien », « ils ne savent ni lire, ni écrire »,… De l’autre on mettra en avant la difficulté à former les jeunes d’aujourd’hui, la violence, le dépérissement du modèle familial… Tout un ensemble de commentaires qui laissent transpirer la peur de l’avenir de notre société.
Que se passe-t-il réellement dans nos écoles ? Le ministre de l’éducation nationale Xavier Darcos sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy s'en donne à cœur joie pour dénoncer ce « chaos pédagogique » ?
C’est ce à quoi répondent Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi dans leur livre « Main basse sur l’école publique ». Le ministère enchaîne les mesures : suppression de la carte scolaire et de postes d'enseignants, évaluation publique des enseignants et des établissements, financement par l'État du développement des établissements privés dans les banlieues... Toutes ces décisions ont une logique aux conséquences pratiques.
En fait, Xavier Darcos et ses plus proches conseillers ont depuis leur passage par le cabinet de François Bayrou élaboré une politique pour l’école inquiétante. A partir d’une association dénommé : « créateur d’école », en relation avec des réseaux éducatifs proches de l’enseignement catholique, des partisans de la privatisation libérales du système éducatif, de l’Opus Dei voire du front national ; l’école privée est instrumentalisée afin de concurrencer et démanteler le service public de l’enseignement.
On manipule la belle formule, de liberté d’enseignement pour supprimer la carte scolaire. Le parent heureux, persuadé de pouvoir mettre son enfant dans la meilleure école ne se rend pas compte que ce n’est pas l’usager qui prend sa liberté, mais que s’établit inversement la liberté de recrutement des établissements scolaire. Monde idéal, si on a la chance de bien naître ou d’obtenir par la « grâce de Dieu » des enfants intelligents et brillants.
Plus subtil, alors que l’enseignement privé a des effectifs moindre, ce dernier demandent plus de postes que ce que ses effectifs le justifient et, pour montrer son rôle social universaliste accepte dans ses rangs quelques élèves issus des quartiers dit défavorisés, élèves bien souvent brillants, l’intelligence n’étant heureusement pas le seul apanage des quartiers dit favorisés.
Au final, le livre ne veut pas éluder les limites de l’école et ses échecs. Mais, il rappelle que les défauts de ce système qui connait aussi des réussites ne doivent pas être utilisés pour justifier d’autres fonctionnements dont on connaît très bien les effets néfastes.
Eddy Khaldi aura le plaisir de venir nous présenter son livre le 5 mai, dans le 15ème arrondissement.
Caracal
Références : Eddy Khaldi, Muriel Fitoussi, Main basse sur l’école, 2008, Demopolis, 20 €.
L’adresse du cite : http://www.main-basse-sur-ecole-publique.com/