La Guadeloupe, une histoire qui n’en finit plus !
Depuis deux mois la Guadeloupe occupe le paysage médiatique ! Le conflit n’en finit plus, s’enlise, rebondit, s’enracine !
Pourquoi, une telle durée ? Est-ce le fruit du désintérêt de la métropole envers un confetti d’empire ? Est-ce la manifestation d'un héritage historique ou la conséquence des manœuvres politiques du medef local voir du syndicat leader le LKP qui ont tout intérêt à bloqué le dialogue social ?
La situation économique, complexe à souhait, offre un visage préoccupant. Malgré l’accentuation de la mobilité sociale ces 15 dernière années, la répartition de la propriété conserve les traits du passé. Toute une part de l’économie reste entre les mains des descendants des grands planteurs esclavagistes. Ils contrôlent en particulier le commerce d’importation. Là réside un des éléments du conflit d’ailleurs. La plupart des produits viennent de métropole . Certes, les coûts de transports élevés avec des taxes comme l'octroi posent problèmes mais les marges des importateurs sont excessives. N'oublions pas que 39 % de la population travaille dans la fontion publique avec une majoration de 40% des traitements. Les commerçants s'adressent donc à ce groupe au pouvoir d'achat plus fort , au détriment des petits salaires du privé ou des chomeurs.
En plus de ce système générateur de frustrations, les cultures d’exportation vont mal. Le sucre, la banane, l’ananas considérés comme la sidérurgie locale, construisent l’identité économique antillaise, mais sont en crise. Ces productions ne résistent pas à la concurrence internationale et survivent grâce aux subventions de l’état et des collectivités locales. D’un côté la population pâtit de prix élevés et d’un niveau de vie plus bas qu’en métropole, mais de l’autre le coût de la main d’œuvre empêche un développement sain en rapport avec les autres îles v
oisines. Seul le tourisme semble « rentable » mais comparé à d’autres destination, cette activité se développe moins qu’attendu sans compter les effets néfastes de la loi de défiscalisation.
Moralité, 27.8 % de la population subit le chômage. Ce chômage touche d’abord les jeunes, bien souvent diplômés mais dont l’activité locale n’offre pas de débouchés ! Pour le BTP et les emplois peu qualifiés, l’île fait appelle à une population immigrée originaire d’Haïti ou de la Dominique.
A cette situation économique déséquilibrée s’ajoute les héritages historiques. Les guadeloupéens souffrent de la faible reconnaissance de leur histoire spécifique. La métropole prend tout juste conscience du combat mené par les antillais pour leur liberté. Le drame de l’esclavage souvent occulté, ne participe pas du combat universel des antillais et de la France pour les libertés. La prise de conscience récente atténue le tableau, mais les blessure héritées persistent et construisent le dialogue social sur une agressivité et un sentiment d’injustice venu d’une autre époque.
Ce terreau, crée la spécificité du conflit guadeloupéen, et Elie Domota leader du LKP cristallise ces héritages. Homme de dossier, il n’est pas qu’un simple meneur, exploitants des revendications démagogiques à la tête de jeunes imposant leur terreur aux populations locales qui aspirent à la tranquillité face à une police d’état timorée voire coupable de conplicité. Il faut remonter aux évènements, de mai 1967. Oui, mai 1967, pas l’autre mai, si connu en 1968. Cette année là un vaste mouvement social s’amorce pour réclamer une augmentation de salaire. Le mouvement finit dans le sang et aujourd’hui encore on ne connait pas le nombre exact de victimes. Dans la foulée de ces évènements l’UGTG se constitue appuyant ses revendication sociales sur la nécessité de l’autonomie. Le but, sortir de l’assistanat les guadeloupéens afin qu'ils
prennent en main leur propre destin. Le syndicat s’implante d’abord dans les campagnes, « encerclant » les villes. Malgré la pression judiciaire, les militants du mouvement se caractérisent par la radicalité de leurs revendications, le recours à des grèves longues et des piquets de grèves dissuasifs. Ces méthodes parfois très discutables, permet à l’UGTG d’acquérir une popularité non négligeable qui se manifeste à travers les élections syndicales. En 2008, 52 % des conseillers prud’homaux appartiennent à ce syndicat.
Dans ce contexte, se crée le collectif LKP. Leur plate-forme unitaire s’attaque à la vie chère et dénonce la surexploitation dont les grands groupes de distribution et d'importation sont les bénéficiaires exclusifs. Les békés sont pointés du doigt réactivant les blessures d’antan, faisant fi toutefois de l’évolution partielle du pouvoir économique et administratif depuis les années 60.
En face, nous avons un gouvernement incapable de prendre la mesure des choses. Les autorités ont tardé à réagir, pariant sur le pourrissement de la situation. L’envoi de contingents de police pour remplir les cuves des stations essences n’ont pas suffit devant la détermination du LKP. François Fillon a renvoyé la négociation aux partenaires sociaux, ces derniers demandant que le gouvernement compense l’augmentation de 200 € pour les bas salaires par des allégements de charges.
Stéphane Coté