29 janvier 2009 : un à un, nous y étions !
Rendez vous à 10H30 au vieux port…
Voilà l’information que j’avais reçue la veille de la part d’Alain. En sous titre : Face à la crise, il est vraiment URGENT d’AGIR !
A 10h, je sors de chez moi. En passant je constate que ma banque est fermée pour cause de grève. C’est la première fois que je vois cela. 15 mn plus tard, en voiture, je suis sur l’A7. Je croise de nombreux cars, les voitures remplies de 3-4 personnes, ne ressemblent pas aux livreurs habituels. Juste après la sortie pour la rampe de Plombière, le trafic ralentit et s’immobilise. Un bouchon, à cette heure, pourquoi ? Je sors à la gare Saint Charles et je retrouve le même type de personnes marchant sur les trottoirs. Tous sont vêtues chaudement, avec basckets, certains couverts d’une vieille casquette, et tout aussi régulièrement, muni d’un drapeau bien enroulé dans leur main. Tous marchent dans le même sens. Un point unique les attire.
Je laisse mon véhicule dans un parking à la gare, les autres étant saturés. Moi, aussi je suis ces petits groupes, épars, dans la même direction, vers le vieux port. La densité humaine ne cesse d’augmenter. De toute part d’autres hommes et femmes nous rejoignent dans cette colonne qui ne cesse de grossir. Le vieux port est encore à 100 m, mais au palais bourse, je suis bloqué. Je n’avance plus. Il y a trop de monde. Je dois prendre une rue de traverse pour rejoindre mes collègues.
Ce n’est pas la première fois que je vais à une manifestation, mais en ce jeudi ensoleillé, je n’ai pas vu autant de monde depuis le CPE. A 11 h 15 la tête de cortège arrive à Castellane. 4 km plus loin que le point de départ. Pourtant pendant 2 h, nous allons attendre sans bouger. Combien sommes nous ?180 000 personnes d’après nos relevés, 300 000 comme le disent les leaders syndicaux, 20 000 comme le déclare la préfecture ?
Pourquoi tant de monde ? Alors qu’un président de la république déclare qu’à présent en France les manifestations ne se voient plus ! Alors que les Français semblent écrasés par la crise et la concurrence internationale. 180 000 personnes au minimum ont pris la peine de perdre une journée de salaire pour venir manifester ! Pourquoi ?
Ce que revendique chacun, c’est ce sentiment trouble où chaque actif a l’impression d’être la première victime de la crise. Chacun se lève le matin, réalise sa tâche dans un cadre où la pression hiérarchique ne cesse de s’accentuer. Pourtant, le pouvoir d’achat baisse et les coupables sont loins, irresponsables, dirigeant des marchés financiers où les outils ne se construisent plus sur le travail.
Et les slogans fusent suivis de propositions. La CGT exige que les aides publiques aux entreprises soient conditionnées à la préservation de l'emploi et des salaires. Un employé de banque demande à ce que leur activité se recentre sur le cœur de leur métier et que l’on cesse de leur mettre la pression afin d’atteindre des objectifs financiers irréalisables en vendant des produits sans véritables avantages au client. Les hôpitaux, l’éducation nationale, les aéroports, la justice et les grandes entreprises locales sont représentés. En queue de cortège se trouve le PS. Notre section est là, Alain, Hattab, Jean Jacques, Mohamed, Eric, Pierre, François, Matar, et j’en oubli. Jean Noël Guerini et Michel Vauzelle ont fait un passage et les élus du conseil général se pressent derrière la bannière et en particulier Rebia Benarioua élu de notre secteur. Le parti désire s’inscrire en soutien du mouvement social afin de se mettre au diapason de la réalité sociale. Il ne faut plus considérer qu'il existe une frontière étanche entre la gauche sociale et la gauche politique.
Pourtant la veille Eric Woerth ministre du budget déclarait : "Je ne crois pas qu'il faille zapper et changer de politique sans arrêt » invitant chaque fonctionnaire à : « se retrousser les manches ». Ces manifestants seront-ils entendus ? Alors que les moyens institutionnels de la contestation existent de moins en moins, est ce que cette aspiration à un peu de reconnaissances, de respect et d’intérêt sera pris en considération ?
Stéphane Coté