Obama : Qui es-tu ?
20 janvier 2009 : Malgré le froid une femme s’agite sur Pennsylvania Avenue. Elle tient fermement son petit drapeau en le secouant dans tous les sens. Son regard brille, illuminé par la lumière de l’espoir. Au loin, Barrack Hussein Obama passe et prête serment :
«Je jure solennellement que je remplirai fidèlement les fonctions de Président des Etats-Unis et que, dans toute la mesure de mes moyens, je sauvegarderai, protégerai et défendrai la Constitution des Etats-Unis»*.
Partout dans le monde on sent la même flamme. L’Afrique frémit à l’idée de sortir de la pauvreté, écrasée par un système occidental d’échange inégalitaire, au profit local d’une caste politique dictatoriale. En Palestine, on rêve d’un règlement amiable, d’un homme, président d’un pays ami d’Israël, mais qui a mis en priorité le règlement de cette question. Le monde musulman rebondit dans son ensemble de cette promesse, voyant dans Obama, le seul capable de mettre un frein aux humiliations, ferment de l’extrémisme. L’Amérique latine aussi caresse l’ambition de rapport à égalité où les Etats Unis ne seraient plus le financeur des dictatures mais le soutien des régimes démocratiques aux grands programmes sociaux. En occident, l’exigence est aussi forte. Fierté perdue de l’Europe, caressant toujours le rêve de vivre sans l’Amérique, mais où chaque citoyen émet son vœu en un Obama salvateur.
La plupart désirent la fin de la crise économique, d’autres appellent à l’émergence d’une économie responsable, protectrice de l’environnement, sans compter les aspirations à la paix universelle, la promotion des minorités,…
Que d’espoir ?
Est-ce que dans 4 ans cette dame sur Pennsylvania Avenue agitera toujours avec passion son drapeau. Sera-t-elle prête encore, comme le reste de l’humanité à regarder cet homme avec tant de foi ?
Barack Obama est-il l’incarnation de la divinité, homme omnipotent et omniscient, capable de comprendre toutes les aspirations, apportant à chacun la réponse rêvée.
Cet homme existe-t-il ? Cet homme doit-il exister ?
Analysons à cet effet, la réalité. Penchons nous sur les mots et les pratiques ! Dépassons l’affectif, étudions les faits ? Le parcours du nouveau président des Etats-Unis laisse songeur. En 4 ans de vie politique intense, il a réalisé ce que d’autres mettent 30 ans. A chaque difficulté, obstacles, problèmes politiques pièges, il a trouvé une idée, une phrase; en somme, son interlocuteur a entendu ce qu’il désirait. Mais est ce qu’une action politique se battit exclusivement sur les mots. Insister sur la souffrance de chacun, n’est ce pas un stratagème facile ?!
C'est pourquoi regardons au-delà, et en particulier son cabinet ! Et là j’avoue que M. Obama me rassure beaucoup plus. A l’image de Franklin Delano Roosevelt, autour de lui, gravite un brain trust. Ce que recherche le président : la compétence, non pas la seule loyauté à l’image de G. W. Bush.
Trois piliers structurels constituent son cabinet : économie, défense, social. Le premier dirigé par des démocrates centristes ont pour mission de reconstruire les règles du système bancaire profondément meurtri par les faillites en chaînes. Pour la défense, Obama appelle des hommes issus des rangs des républicains modérés et des démocrates centristes. Robert Gates doit assurer le retrait américain d’Irak qui faisait déjà consensus depuis plusieurs mois entre démocrates et républicains malgré les discours vindicatifs du président Bush. Le maître mot avec l’armée : éviter le conflit ! Pas de « gauchistes », seulement des professionnels qui ne risquent pas de dénoncer l’industrie de l’armement. On peut le regretter. Seules les tortures ne seront pas pardonnées, nous rappelle Eric Holder, ministre de
la justice. Enfin, le social. Les progressistes sont aux aguets. Le président ne peut plus reculer, entre promesse et décision politiques, il doit agir. Trois objectifs occupent les esprits : la révolution verte, l’assurance maladie universelle, l’éducation pour tous. Il s’est engagé, il doit rassurer. Pour se faire, Tom Daschle doit rendre cohérent cette politique de relance par le mieux être social.
Au final, rien de divin dans ce cabinet. Mais, une alchimie politique complexe qui dénote une profonde connaissance des rouages politiques américains et un réalisme terre à terre bien compris de la nature humaine. Cette triangulation, évite le blocage du grand busines et du complexe militaro industriel tout en ralliant les progressistes dont est issu Obama. En nommant Hillary Clinton secrétaire d’état, il neutralise Bill Clinton qui ne pourra pas jouer un rôle international anti-obama par le biais de sa fondation au nom du conflit d’intérêt avec sa femme.
Synergie des forces ou saupoudrage désordonné, ce sont les faits qui jugeront. Nous sauront bien assez rapidement, si Obama et son cabinet sont un merveilleux emballage pour une real politique néfaste, au profit de peu, au dépend du plus grand nombre.
Prêtons lui entre temps, le bénéfice du doute.
Stéphane Coté
* Lors de la prestation de serment les mots ont été inversés ou accrochés ce qui a donné lieu à une seconde prestation de serment le lendemain.